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18.12.2018
La poudre du scandale - Amiante dans le talc: Johnson & Johnson savait-il?

crédit photo : Reuters

Selon des informations de l’agence Reuters, l’entreprise Johnson & Johnson (J&J) était au courant de longue date de la présence d’amiante dans les talcs pour bébés qu’elle commercialisait. Elle aurait délibérément dissimulé ces informations. En juillet dernier, le groupe avait été condamné dans le cadre d’une action de groupe intentée dans le Missouri par des femmes souffrant de cancers ovariens, suite à l’usage de talc.

Amiante et talc : quels liens ?

  • Le talc est un minéral présent naturellement dans l’environnement, qui se compose de magnésium, silicone, oxygène et hydrogène. Il est souvent présent dans le voisinage de l’amiante. Il est donc possible de trouver des traces d’amiante dans le talc, qui est contaminé lors des opérations d’extraction. Il est donc nécessaire de bien choisir les sites d’extraction, pour éviter la contamination, et le cas échéant purifier le minerai.
  • Le talc est utilisé pour de nombreux usages, tels que la cosmétique (blush, etc.), le talc pour bébé, l’alimentation (riz, chewing-gums), céramiques, médicaments (comprimés), etc. Il est par exemple utilisé pour ses propriétés d’absorption de l’humidité, empêcher les agglomérations, opacifier le maquillage pour le visage ou améliorer le toucher d’un produit.
  • Dès les années 70, les premiers éléments mettant en garde sur la présence d’amiante dans le talc apparaissent. Ils n’ont apparemment pas fait l’objet d’une attention suffisante ou généré les réactions nécessaires en termes de suspension de mises sur le marché, mesures de précaution ou de contrôle renforcé.
  • L’OMS et d’autres autorités sanitaires estiment qu’il n’existe pas de niveau sûr d’exposition à l’amiante, classé cancérigène pour l’être humain.

Plus de 11 700 plaintes

  • Pour J&J, leader sur le marché du talc depuis plus de 100 ans, le produit représentait 420 millions de dollars de chiffres d’affaires en 2017. Si son pourcentage du chiffre d’affaires total est limité, le produit "talc pour bébé" est considéré comme une "vache sacrée" en termes d’image pour l’entreprise.
  • Aujourd’hui, J&J fait l’objet de 11 700 plaintes, dont plusieurs émanent de milliers de femmes souffrant de cancer des ovaires. De 1957 au début des années 2000, des traces d’amiante ont parfois été retrouvées dans des produits à base de talc fabriqués par J&J.
  • Reuters affirme documents à l’appui que l’entreprise n’a pas divulgué les éléments aux autorités américaines, et a au contraire agi pour dissuader le législateur de réglementer la présence d’amiante dans le talc ou mener de plus amples recherches sur ses effets sur la santé.

Retour sur les récentes condamnations de Johnson & Johnson

  • En 2018, dans deux affaires distinctes, l’une dans le New Jersey, et l’autre en Californie, les jurés ont alloué des dommages et intérêts aux plaignantes, dont l’une d’entre elles mettait en cause le talc de J&J dans son mésothéliome (connu pour être le cancer de l’amiante).
  • A Saint-Louis, plus récemment, ce sont 22 plaignant.e.s qui ont obtenu gain de cause pour des cancers de l’ovaire, cancer plus courant que le mésothéliome. Le jury a alloué plus de 4,6 milliards de dollars de dommages et intérêts. Les plaignantes utilisaient notamment le talc comme anti-transpirant et déodorant périnéal. D’autres jurés ont dans d’autres affaires rejeté les demandes des plaignant.e.s.

Johnson & Johnson se défend de ces accusations

  • J&J réfute ces accusations et a fait appel des récents verdicts. L’entreprise affirme que de nombreux tests indépendants prouvent que son talc n’est pas cancérogène, et qu’elle n’a jamais dissimulé d’informations. En outre, les données concerneraient un talc "destiné à un usage industriel" selon l’entreprise.
  • Depuis 2003, les produits à base de talc commercialisés par J&J aux Etats-Unis sont issus de mines localisées en Chine, qui seraient exemptes d’amiante. Mais qu’en est-il des produits plus anciens ? Est notamment mise en cause la présence dans des talcs de J&J d’amiante trémolite, présente dans un site minier des Alpes italiennes, dont était issu le produit dans les années 50.

Le choix des méthodes de tests : un élément crucial
On ne trouve que ce que l’on cherche. Et pour trouver ce que l’on cherche, encore faut-il choisir le moyen ou la technique la plus adéquate. Cette règle s’applique encore aujourd’hui à des substances comme les perturbateurs endocriniens : le choix de méthodes de tests va s’avérer essentiel pour détecter la présence éventuelle de composés indésirables.

  • En 1973, la FDA (Etats-Unis) prévoit de réviser les tests applicables à la présence d’amiante dans les talcs. J&J s’inquiète et milite pour écarter la "technique de la concentration" - soit la concentration de l’échantillon de talc suivie de son examen au microscope - car "trop sensible". Mais la FDA n’est pas convaincue. Mais en l’absence de consensus sur les méthodes de tests, la FDA décide de repousser la mise en oeuvre de limites pour le talc.
  • Des années plus tard, la FDA réglemente la présence d’amiante dans dans le talc utilisé dans les médicaments... sans pour autant réglementer l’amiante dans le talc cosmétique ou déterminer une méthode de test pour le détecter.
  • Les autorités, tout comme de nombreux acteurs de la santé ont eu l’oreille attentive de J&J, puisque jusque récemment, la Société Américaine du Cancer (American Cancer Society) affirmait que "tous les talcs en poudre utilisés pour des usages domestiques sont sans amiante depuis les années 70".
  • En 2009, sous la pression médiatique et citoyenne, la FDA ordonne de tester 34 échantillons de talc : aucun amiante n’est retrouvé. La FDA admet cependant disposer de ressources trop limitées pour le secteur cosmétique, avec seulement 30 personnes chargées de réglementer le secteur !
  • En France, aucune réaction des autorités sanitaires - ANSM, ministère de la santé- n’est connue à ce jour.

sources :
https://www.fda.gov/cosmetics/produ...
https://www.boursier.com/actions/ac...
https://www.tdg.ch/economie/Talc-a-...
https://www.reuters.com/article/us-...

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